• La Politique d'Assimilation

    Politique visant à intégrer les Amérindiens à la société "américaine"

     

     

    Politique menée par le gouvernement américain tendant à la totale intégration des Amérindiens à la société américaine. Les moyens employés ont été le partage des terres indiennes en propriétés privées, l’éducation des jeunes dans les écoles, la rupture des liens tribaux et sociaux des Amérindiens, la conversion au christianisme.   


    L’idée d’assimiler les Indiens, c’est-à-dire de les fondre dans la population américaine, est ancienne. De nombreux traités prévoyaient d’initier les Indiens au mode de vie des Blancs. Ils offraient aux Indiens la possibilité de pratiquer l’agriculture à la manière des Blancs, ainsi que d’envoyer leurs enfants dans les écoles de mission, ce qui impliquait leur conversion au christianisme. Mais l’expérience montrait que pratiquement aucune tribu n’avait voulu profiter de ces « avantages » qui cassaient les liens tribaux, la culture et la spiritualité indiennes, ce qui était justement le but recherché.

     

     

    Au début des années 1880, alors que les Indiens sont militairement soumis et regroupés dans les réserves, le gouvernement américain s’interroge sur l’avenir des deux cent-quarante mille Indiens survivants. Des philanthropes chrétiens, qui se disent « réformateurs, philanthropes et Amis de l’Indien », vont jouer un rôle déterminant dans la conception et la mise en oeuvre de la nouvelle politique indienne des Etats-Unis.   
    La situation sur les réserves est généralement catastrophique : extrême pauvreté, apathie, démoralisation, alcoolisme. Les partisans de l’assimilation sont persuadés (ou du moins essaient de faire croire) que cette situation est due à la persistance de la barbarie et du paganisme. Ils travaillent donc à effacer toute trace d’indianité, de vie communautaire, de tenue en commun de la terre pour leur substituer l’individualisme et la propriété privée. Toute forme de spiritualité indienne, uniformément appelée superstition, doit être éradiquée et remplacée par la religion chrétienne.

    La résistance des Indiens à l’assimilation, leur refus manifeste de considérer la civilisation blanche comme supérieure irrite ces philanthropes. L’Indien sera donc civilisé malgré lui.
    Le sénateur John J. Ingalls déclare en 1880, en parlant de l’Indien :

    « Il est dur comme le roc. Tous les efforts que l’on pourra faire pour essayer de le changer resteront sans effet s’ils ne sont basés sur la force, encore la force et toujours la force. » 

    Le pasteur George E. Ellis, dans son histoire des Affaires Indiennes publiée en 1882, justifie l’usage de la contrainte par la supériorité de l’homme blanc et la légitimité de son pouvoir :

    « Notre plus grande sagesse nous donne le droit de leur dicter nos conditions, au besoin en utilisant la contrainte et la force .... Ce pouvoir légitime que nous avons sur eux nous dispense de prendre en considération les penchants et les désirs des Indiens .... et même de consacrer du temps à nous informer de leur opinion et de leur avis. Il faut faire comprendre à l’Indien que nous lui sommes supérieurs et que nous le tenons en notre pouvoir. » 

     

     

    Les « Amis de l’Indien », ces réformateurs qui, de 1880 à 1900, se réunissaient annuellement à Mohonk Lake, dans l’état de New-York, décideront donc, dans leur sagesse, du sort de l’Indien. Ils estiment que la possession de la terre en propriété privée est seule susceptible de rendre l’Indien suffisamment ambitieux et « intelligemment égoïste » pour l’arracher à des siècles de paresse et d’insouciance, pour lui apprendre la valeur du travail et de la propriété, pour l’amener à acquérir et à accumuler des biens personnels. Ils y voient un nécessaire renforcement de la personnalité de l’Indien et une indispensable préparation à la lutte pour la vie qu’il devra désormais mener en compétition avec l’homme blanc s’il veut survivre.


    Dans son rapport adressé en 1889 au président Benjamin Harrison, le commissaire aux  Affaires Indiennes Thomas J. Morgan déclarait :

    « Les Indiens doivent se conformer à la « voie de l’homme blanc » pacifiquement s’ils le veulent, par la force s’il le faut. Ils doivent s’adapter à leur environnement et adapter leur mode de vie à notre civilisation. Ils ne peuvent y échapper et ils doivent s’y soumettre, ou être écrasés par elle .... Les relations tribales doivent être brisées, le socialisme détruit, remplacé par l’autonomie de l’individu. Le lotissement des terres en propriétés privées, l’établissement de tribunaux et d’une police, le développement de l’indépendance personnelle et l’adoption universelle de l’anglais sont les moyens d’atteindre ce but ».

    voir Dictions de Blanc

     

     

    Reserve de Waskaganish

     

    Les pressions qu’exercent les réformateurs sur le Congrès aboutissent en février 1887 à l’adoption de la loi de Lotissement des Terres Indiennes en Propriété Privée, connue sous le nom de « Loi Dawes ».
    Le but de ces philanthropes est l’intégration des Indiens à la nation américaine, au point qu’ils deviennent totalement indiscernables en tant qu’Indiens : intégration économique et matérielle par l’adoption du mode de vie des Blancs, intégration morale et religieuse par la conversion au christianisme, intégration juridique par l’application à chaque Indien des droits et des devoirs conférés par la citoyenneté. L’attribution de la ferme individuelle et de la citoyenneté américaine devaient transformer rapidement chaque Indien en un bon citoyen travailleur et patriote, soucieux de s’enrichir.


    Les « Amis de l’Indien » voulaient, assez curieusement, élever l’Indien hors de la "sauvagerie" en faisant appel avant tout à son égoïsme. Merryl E. Gates, déclarait, en tant que président de la conférence de Mohonk Lake en 1900 :

    « Nous sommes dans la nécessité absolue d’éveiller chez l’Indien sauvage de plus larges désirs et de plus amples besoins. Pour le mener de la sauvagerie vers la citoyenneté, nous devons rendre l’Indien plus intelligemment égoïste, avant d’en faire un altruiste intelligent .... Nous devons éveiller en lui des besoins. Dans sa pesante sauvagerie, il doit être touché par l’aile divine de l’ange de l’insatisfaction. Alors, il commence à regarder plus loin, il avance. Le désir de posséder devient une force éducative intense ....[Nous devons] sortir l’Indien de la couverture et le mettre dans des pantalons, des pantalons avec une poche, une poche qui ne demande qu’à être remplie de dollars! » 

    Dès 1884, le sénateur Dawes déclarait : « S’il a, jusque là, grandi comme une bête sauvage, sans éducation, et compté  sur ses seuls instincts pour assurer sa subsistance, prenez-le par la main et mettez-le sur ses pieds et apprenez-lui d’abord à se tenir debout tout seul, puis à marcher, puis à creuser, puis à planter, puis à sarcler, puis à récolter, puis à épargner. »    


    Pour mener à bien cette politique, l’éducation des jeunes Indiens est de toute première importance.
    Les écoles installées dans les communautés indiennes doivent être remplacées par des écoles publiques situées le plus loin possible des réserves afin de faire échapper les jeunes Indiens à l’influence pernicieuse de leurs parents encore sauvages. La langue anglaise y est enseignée de manière exclusive et obligatoire. Il est donné un enseignement pratique portant sur des savoir-faire et des comportements « civilisés ». On y inculque aux enfants indiens le patriotisme américain et l’amour de la bannière étoilée. Dans une note adressée en décembre 1889 aux directeurs des écoles indiennes, le commissaire Thomas J. Morgan déclarait que les enseignants  « devront s’efforcer d’éveiller chez leurs élèves indiens du respect pour le pouvoir de la nation, de la gratitude pour sa bienfaisance, de la fierté pour son histoire et une louable ambition de contribuer à sa prospérité ».

    On espère que ces jeunes Indiens seront à leur retour dans leur famille des "porteurs de civilisation".

     

     

    Il est prévu que là où les parents indiens refuseraient d’envoyer leurs enfants à l’école, la force pourra être employée pour les y contraindre, ce qui fut fait à maintes reprises. En 1892, le commissaire Morgan expose la position officielle du gouvernement en matière de scolarisation obligatoire des jeunes Indiens:« Si c’est nécessaire, je ferai appel à la police indienne. Je leur supprimerai leurs rations et approvisionnements quand il leur en est fourni et, quand tous les autres moyens auront échoué, quand je ne pourrai faire autrement, j’enverrai une troupe de soldats des Etats-Unis, simplement pour montrer le pouvoir du gouvernement. »


    Ce principe de contrainte est à la base de la pensée des partisans de l’assimilation. Le révérend William Abbott, un spécialiste de l’éducation, déclarait en 1885 : « S’il se trouve quelques tribus si sauvages et barbares que cela ne puisse être accompli pour elles, je les mettrai sous étroite surveillance et leur appliquerai un processus d’éducation forcée. »  Merryl Gates déclarait à Mohonk Lake en 1885 : « Nous ne devons pas seulement leur donner la loi, nous devons la leur imposer. Nous ne devons pas seulement leur donner l’éducation, nous devons la leur imposer.»  


    Les écoles indiennes ont ainsi fonctionné jusqu’à un passé récent, au moins jusque dans les années 1960, avec des conséquences dévastatrices et probablement irrémédiables sur la culture, la langue, la société indienne : liens familiaux brisés, pertes par les parents indiens de leurs compétences parentales, honte de l’indianité, humiliations, mauvais traitements. Quant au  manque de confiance et d’estime de soi qui touchent tant d’Indiens aujourd’hui, et qui est à la base de leurs graves dysfonctionnements sociaux, il ne faut certainement pas aller ailleurs en chercher la cause.

     

     

    La politique d’assimilation forcée marque une pause avec la Loi de Réorganisation Indienne de 1934 (loi John Collier) La notion de tribu est rétablie, les terres non encore loties sont restituées à la tribu, un gouvernement tribal est constitué et officiellement reconnu. Mais c’est une démocratie « à l’américaine » que la loi institue. Jusque là, les Indiens subissaient leur assimilation. Avec la loi de 1934, ils vont devoir en être les acteurs. Les véritables intentions de la loi sont de substituer à l’assimilation forcée une assimilation douce et à long terme, librement consentie. On doit cependant reconnaître que cette loi a eu à long terme des effets bénéfiques.

    En 1954, nouvelle volte-face de la politique américaine envers les Indiens. La loi de « Termination » entend libérer les Indiens de la tutelle de l’état fédéral qui pèse encore sur eux. La politique de déplacement des Indiens vers les villes les incite à aller « tenter leur chance dans le monde des Blancs ». On fait semblant de croire que les Indiens sont avides de fuir les réserves, de rompre avec leur tribu, de vivre parmi les Blancs, de se mesurer avec eux, d’échapper à la tutelle fédérale qui, en réalité, les protège. On considère l’assimilation comme réalisée.


    Le renouveau indien des années 1960-70, qui allait marquer la renaissance de la culture et de la spiritualité indiennes, la revendication de la souveraineté indienne, ont fait la preuve de l’échec de la politique d’assimilation aussi bien aux Etats-Unis qu’au Canada.

     

    source: Larousse/ voir aussi "La Destruction de l'Identité Indienne" ainsi que "Termination et Relogement"


  • Commentaires

    1
    tepee17
    Mardi 19 Mai 2009 à 11:48
    une bien triste p?ode dans l'histoire des indiens d'Am?que.,c'est assez bien retransmi dans la s?e Into the west
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