Les descendants des vaillants Indiens Apaches n’en ont pas cru leurs oreilles lorsqu’ils ont appris que le nom de code de l’opération de liquidation de Ben Laden avait été baptisée du nom de l’un de leurs chefs historiques : Géronimo. Le fait est d’autant plus grave que l’association des deux noms est extrêmement offensante pour cette tribu et elle est historiquement diffamatoire.
Et pourtant, avant encore le début de l’opération, une commission ad-hoc avait été créée au Sénat US, chargée de débattre « des incidences des stéréotypes sur les enfants de différentes populations ». La conseillère de cette Commission avait dit que « le fait d’associer le nom de ‘Géronimo’ à celui qui fut l’un des ennemis les plus implacables des Etats-Unis créerait des dommages très sérieux ».
Les représentants des Indiens Apaches se sont dit « découragés, car ayant le sentiment que l’image négative des Indiens dans la société américaine n’avait pas changé depuis le 19e siècle ».
Dans une lettre adressée au président Barack Obama, la tribu apache de Fort Sill, où est mort Geronimo, s'est dite « blessée » que l’opération lancée contre Oussama ben Laden ait été baptisée par les Etats-Unis « Geronimo E-KIA » (pour Enemy Killed in Action). « Comparer Geronimo à Oussama ben Laden, un terroriste lâche qui a tué des milliers de gens, est douloureux et blessant pour notre tribu et pour tous les Indiens d’Amérique », s’est indigné Jeff Houser, le président de la tribu apache de Fort Sill.
Ce sont par les mots "Geronimo-E KIA", une contraction de "Geronimo Enemy Killed in Action" (Ennemi tué au combat), que la Maison Blanche a été avertie de l'issue de la mission par le commando des forces spéciales de la Marine américaine.
Le Comité des affaires indiennes du Sénat va saisir l'occasion de la tenue d'une audition au Congrès jeudi pour dénoncer "l'association entre le nom de Geronimo, l'un des plus grands héros amérindiens, et le plus haï des ennemis des Etats-Unis", a indiqué Mme Tuell dans une déclaration transmise mercredi à l'AFP.
De même, le Congrès national des indiens américains (NCAI), la plus grande organisation représentant les indiens, s'est élevée contre l'emprunt du nom du célèbre chef Apache pour désigner l'élimination du chef d'Al-Qaïda.
"Associer un guerrier indien à Ben Laden n'est pas un reflet juste de l'histoire et cela minimise le sacrifice des Amérindiens engagés dans nos troupes", a protesté dans un communiqué Jefferson Keel, président du NCAI. Il a rappelé que 77 Amérindiens étaient morts au combat et 400 avaient été blessés en Irak et en Afghanistan depuis 2001.
Chef légendaire de la rébellion apache au 19e siècle, Geronimo (1829-1909) était considéré comme un stratège de guérilla hors pair et a été détenu comme prisonnier de guerre pendant 20 ans.
Ses restes, notamment son crâne et ses os, sont censés être conservés aujourd'hui par une société secrète de l'université Yale, l'Ordre des Crânes et des Os.
En 2009, ses descendants avaient demandé leur restitution en déposant une plainte devant la justice, qui a été jugée irrecevable en 2010. Sans oublier que les promesses faites par l'actuel président des états-unis, à savoir, Barack Obama, n'ont toujours rien donné, si ce n'est d'avoir autorisé ce nom de code, insultant vis à vis des populations amérindiennes, à l'opération lancée contre Ben Laden.